Le colbat - la RDC et la chine.


La conférence Mining Indaba en Afrique du Sud se clôt sur un constat : la concentration de la production de cobalt entre la RDC et la Chine fait peser un risque sur l'approvisionnement mondial.

L'abandon annoncé par la France et la Grande-Bretagne des véhicules à essence et diesel d'ici à 2040 et le virage de l'industrie automobile mondiale vers les véhicules électriques ont placé le cobalt au centre d'un débat complexe.

Transparency Market Research estiment ainsi que le marché mondial des batteries au lithium-ion (issu du Cobalt) devrait passer d'une valeur de 24 milliards d'euros en 2015 à 61 milliards à l'horizon 2024.

Cette progression s'expliquant essentiellement par la demande de l'industrie automobile. Les véhicules électriques devant représenter la moitié des ventes mondiales à l'horizon 2050.

Toutefois le problème réside dans le fait que les géants de l'industrie mondiale tels qu’Apple, Samsung, Volkswagen ou Tesla sont dépendants des livraisons d'un pays africain plongé dans un profond marasme politique : la République démocratique du Congo (RDC), qui assure à elle seule les deux tiers de la production mondiale de cobalt

La Chine – quant à elle- arrive à plus de plus de 48.000 tonnes par an, elle raffine à elle seule près de la moitié du cobalt disponible sur le marché mondial.

Dès lors, il y a un véritable danger pour l'industrie automobile, ou celle des téléphones portables, à dépendre ainsi de la RDC.

Dans un article publié par le site de vulgarisation scientifique The Conversation, Ben McLellan, chercheur à l'université de Kyoto au Japon, estime que l'industrie automobile "devrait se soucier du fait que l'approvisionnement d'un de ses minéraux essentiels (...) pourrait être trop centralisé dans un seul pays."

Si la Chine demeure par ailleurs un Etat plus fiable du point de vue économique, la crise d'approvisionnement en terre rares, entre 2009 et 2012, a montré que Pékin pouvait avoir une utilisation politique de ses ressources minérales.

En cinq ans, le prix de la tonne de cobalt a quasiment été multiplié par trois et la tendance reste à la hausse au London Metal Exchange, la bourse des métaux de Londres.

La RDC s'apprête d'ailleurs à réviser son code minier jugé trop favorable aux capitaux étrangers, pour que son économie profite aussi de l'envolée des cours du cobalt.

Travail d'enfants

Mais ce n'est pas le seul souci. Dans un rapport publié en novembre 2017, Amnesty International a dénoncé les conditions de travail effrayantes dans les mines de cobalt en RDC, où 20% de la production serait assurée par des exploitations artisanales.

Amnesty International a accusé des entreprises comme Volkswagen, Daimler, Microsoft et Renault de ne pas agir suffisamment - voire pas du tout - pour tracer l'origine du cobalt qu'ils intègrent dans leur production.

"20% de la production totale de cobalt en RDC est réalisée à la main. Les mineurs extraient le cobalt avec des outils rudimentaires et sans protection", explique Lauren Amistead d'Amnesty International.

"Si Volkswagen veut devenir leader sur le marché de la voiture électrique alors ils doivent vraiment se positionner en tant que leader du point de vue des pratiques d'extraction. Il est de la plus haute importance que la révolution des véhicules électriques ne se fasse pas sur le dos des enfants et des adultes qui travaillent dans ces conditions en République démocratique du Congo", poursuit Lauren Amistead.

Les industriels de l'automobile et des smartphones se retrouvent donc sous une pression croissante des ONG mais aussi des investisseurs qui exigent un "traçage" du cobalt, à l'image de ce qui a été mis en place pour les minerais et les diamants extraits dans les zones de conflits.

Afin de de tracer efficacement ce cobalt, certains songe à faire appel à la technologie blockchain, qui est pour le coup déjà utilisé pour tracer les diamants, afin de de tracer le cobalt depuis son extraction jusqu'à son application industrielle.


Wembonyama Christopher